1. Le triangle lumière / CO2 / nutriments
La lumière fixe la vitesse à laquelle les plantes veulent travailler. Le CO2 fournit 40 % environ de leur masse sèche. Les nutriments complètent. Le facteur le plus faible impose sa limite à tout le système, et l'énergie lumineuse en excès profite aux algues.
La conséquence pratique est contre-intuitive : quand ça va mal, la première variable à baisser est presque toujours la lumière, pas les engrais.
| Profil | Lumière | CO2 | Fertilisation | Entretien |
|---|---|---|---|---|
| Low-tech | 20–30 lm/L, 6 h | Aucun | Faible, hebdo | Taille mensuelle |
| Medium | 30–50 lm/L, 7 h | Optionnel / liquide | Modérée, 3×/sem | Taille bimensuelle |
| High-tech | 50+ lm/L, 8 h | Injecté 25–30 mg/L | EI quotidienne | Taille hebdomadaire |
Un bac low-tech bien conduit est plus beau qu'un bac high-tech mal réglé. Le niveau technique n'est pas un objectif : c'est un choix de rythme d'entretien.
2. Choisir des plantes cohérentes entre elles
Mélanger des plantes à besoins opposés condamne l'une des deux. Regroupez par exigence, puis composez visuellement à l'intérieur de ce cadre.
- Plantez dense dès le premier jour : un bac planté à moitié est un bac à algues.
- Les plantes à croissance rapide sont vos alliées au démarrage — elles consomment les nutriments avant les algues.
- Les plantes fixées (Anubias, Bucephalandra) ne doivent jamais avoir le rhizome enterré.
| Plante | Exigence | Croissance | Placement |
|---|---|---|---|
| Anubias, Microsorum | Très faible, sans CO2 | Lente | Fixée sur roche/racine |
| Cryptocoryne | Faible | Lente | Milieu, sol nutritif |
| Vallisneria, Hygrophila | Faible à moyenne | Rapide | Arrière-plan |
| Rotala, Ludwigia | Moyenne à forte | Rapide | Arrière/milieu, CO2 conseillé |
| Eleocharis, Monte Carlo | Forte + CO2 | Moyenne | Gazon avant-plan |
| Hemianthus callitrichoides | Très forte + CO2 | Rapide | Gazon, high-tech uniquement |
3. Régler l'injection de CO2 sans tuer les poissons
L'objectif est 20 à 30 mg/L de CO2 dissous pendant la photopériode. Le drop-checker avec solution 4 °dKH est l'outil de contrôle standard : vert franc = bonne zone, bleu = insuffisant, jaune = danger.
Le drop-checker réagit avec 1 à 2 heures de retard : réglez par petits paliers, un ajustement par jour maximum.
- Démarrer l'injection 1 h à 2 h avant l'allumage, la couper 1 h avant l'extinction.
- Augmenter d'une bulle par seconde tous les deux jours, en observant la respiration des poissons.
- Un diffuseur en céramique fine ou un réacteur inline donnent un taux de dissolution bien supérieur à un simple tuyau.
- Le brassage doit distribuer le CO2 partout : une zone morte est une zone sans carbone.
- Une aération nocturne (bulleur sur minuteur) sécurise l'oxygène sans gaspiller le CO2 du jour.
Signes de surdosage : poissons en surface, respiration rapide, pH qui chute de plus de 1 point. Coupez le CO2 et aérez immédiatement.
4. Fertilisation : macro, micro et méthode EI
Les macro-éléments (N, P, K) se consomment en milligrammes par litre ; les micro-éléments (Fe, Mn, B, Zn, Cu, Mo) en microgrammes. Ils se dosent séparément car le fer précipite avec les phosphates dans un flacon concentré.
La méthode Estimative Index consiste à doser en léger excès pour n'être jamais limitant, puis à remettre le compteur à zéro par un changement d'eau hebdomadaire de 50 %.
- Dosez les micro-éléments et les macro à des moments différents de la journée.
- Un sol technique nutritif relargue de l'ammonium pendant 4 à 8 semaines : allégez la fertilisation azotée au démarrage.
- Notez chaque changement de dosage ; sans historique, aucun diagnostic de carence n'est fiable.
| Élément | Cible bac planté | Symptôme de carence |
|---|---|---|
| NO3 (azote) | 10–25 mg/L | Vieilles feuilles jaunissantes, croissance stoppée |
| PO4 (phosphore) | 0,5–1,5 mg/L | Points noirs, algues pinceau qui explosent |
| K (potassium) | 10–20 mg/L | Petits trous cerclés de jaune |
| Fe (fer) | 0,05–0,1 mg/L | Jeunes feuilles pâles, nervures vertes |
| Mg | 5–10 mg/L | Chlorose entre les nervures |
5. Lire ses algues comme un diagnostic
Chaque algue est le symptôme d'un déséquilibre précis. Traiter l'algue sans traiter la cause garantit sa récidive.
| Algue | Cause dominante | Correction |
|---|---|---|
| Diatomées brunes | Bac jeune, silicates | Patienter, siphonner, escargots |
| Filamenteuses vertes | Excès de lumière, NO3 déséquilibré | Réduire la photopériode, rééquilibrer NPK |
| Pinceau / barbe noire | CO2 instable ou insuffisant | Stabiliser le CO2, augmenter le brassage |
| Points verts sur vitres | PO4 trop bas | Augmenter légèrement le PO4 |
| Cyanobactéries | Zones mortes, excès organique | Siphonner, brasser, réduire le nourrissage |
| Eau verte | Pic d'ammonium + lumière | Black-out 3 jours ou UV |
Le CO2 instable — et non le CO2 faible — est la première cause d'algues pinceau. Une bouteille qui se vide progressivement crée exactement cette instabilité.
6. La taille : geste technique, pas cosmétique
Tailler stimule la ramification et empêche les étages inférieurs de mourir par ombrage. Un bac non taillé finit en masse compacte dont l'intérieur pourrit.
- Tiges : couper au-dessus d'un nœud, replanter les têtes, jeter les vieux pieds tous les 3–4 cycles.
- Gazon : tondre au tiers de sa hauteur, siphonner immédiatement les fragments flottants.
- Rosettes (Cryptocoryne, Echinodorus) : retirer les feuilles à la base, jamais à mi-hauteur.
- Ne jamais tailler plus de 30 % de la masse végétale le même jour qu'un changement d'eau important.
