1. Pourquoi l'eau du robinet ne suffit pas
L'eau potable est conçue pour être bue, pas pour héberger des invertébrés. Elle contient légalement jusqu'à 50 mg/L de nitrates, du chlore ou des chloramines, souvent du cuivre issu des canalisations, et des phosphates ajoutés comme anticorrosion.
Ces valeurs sont sans danger pour l'humain et rédhibitoires pour un bac récifal : 0,3 mg/L de phosphates dans l'eau de conduite suffisent à alimenter en permanence les algues, quels que soient vos efforts d'écumage.
- Nitrates : jusqu'à 50 mg/L autorisés — soit 10 fois la cible d'un bac récifal.
- Chloramines : non éliminées par simple repos à l'air, contrairement au chlore.
- Cuivre : toxique pour les invertébrés à des doses invisibles au test classique.
- Silicates : nourriture directe des diatomées brunes.
Demandez l'analyse annuelle de votre distributeur : elle est publique et gratuite. Elle vous dira immédiatement si votre eau est un problème.
2. Comprendre l'osmoseur : les étages et leur rôle
Un osmoseur est une chaîne de filtres. Chaque étage protège le suivant, et le maillon faible détermine la qualité finale.
- Le charbon est le plus critique : quelques semaines de chlore non filtré détruisent une membrane à 80 €.
- Ne jugez jamais une membrane à son âge : jugez-la au taux de rejet mesuré.
| Étage | Rôle | Durée de vie typique |
|---|---|---|
| Sédiments 5 µm | Retenir sable, rouille et particules | 6 mois |
| Charbon bloc | Éliminer chlore et chloramines (protège la membrane) | 6 mois |
| Membrane RO | Rejeter 90–98 % des sels dissous | 2 à 4 ans |
| Résine DI (mixed bed) | Finir à 0 ppm | Selon TDS d'entrée |
3. Le TDS-mètre : votre seul indicateur fiable
Mesurez trois points : l'eau d'entrée, la sortie de membrane (avant résine), et la sortie finale. Le taux de rejet se calcule ainsi : (TDS entrée − TDS sortie membrane) / TDS entrée × 100.
Un taux de rejet inférieur à 90 % signe une membrane à remplacer. Un TDS final qui décolle au-dessus de 0–2 ppm signe une résine saturée, pas une membrane morte.
| Mesure | Valeur saine | Action si dépassement |
|---|---|---|
| TDS final | 0–2 ppm | Remplacer la résine DI |
| Taux de rejet membrane | > 92 % | Remplacer la membrane |
| Pression d'entrée | > 3,5 bar | Ajouter une pompe booster |
| Température d'entrée | > 15 °C | Production lente en hiver, c'est normal |
Un osmoseur produit deux à quatre litres de rejet par litre d'eau pure. Ce rejet est parfaitement utilisable pour le ménage, les WC ou l'arrosage de plantes tolérantes.
4. Choisir et doser son sel marin
Aucun sel n'est « le meilleur » dans l'absolu : ils diffèrent surtout par leur KH et leur teneur en éléments traces. Un sel à KH élevé (9–10 °dKH) convient à un bac jeune ; un sel à KH modéré (7,5–8) est plus logique sur un bac SPS déjà dosé en Balling.
Ce qui compte réellement, c'est de ne pas changer de sel constamment. Chaque marque a son profil ionique ; alterner crée des micro-chocs à chaque changement d'eau.
- Pesez le sel plutôt que de le mesurer au volume : la densité du sel varie selon l'humidité du seau.
- Point de départ usuel : 35 à 37 g par litre d'eau osmosée pour 35 ppt.
- Versez toujours le sel dans l'eau, jamais l'eau sur le sel.
- Refermez le seau hermétiquement : un sel humide s'agglomère et son profil dérive.
5. Le protocole de préparation qui évite les mauvaises surprises
Une eau de mer mal préparée reste trouble, présente un KH instable et peut précipiter dans le bac. Le protocole est simple mais chronométré.
- Remplir le bidon d'eau osmosée et placer une pompe de brassage plus un chauffage réglé à la température du bac.
- Verser le sel progressivement, pompe en marche, sur 5 à 10 minutes.
- Brasser 4 à 12 heures minimum, jusqu'à limpidité totale.
- Mesurer la salinité au réfractomètre étalonné, à température atteinte.
- Mesurer KH, Ca et Mg de l'eau neuve avant de l'utiliser : c'est ainsi qu'on détecte un lot de sel anormal.
- Ajuster la salinité par ajout d'eau osmosée ou de sel, puis rebrasser 30 minutes.
Un voile blanchâtre persistant après 24 h de brassage signale une précipitation de carbonate de calcium : le sel a été versé trop vite dans une eau trop chaude.
6. Stockage : ce qui abîme une eau parfaite
L'eau osmosée est agressive : sans minéraux, elle dissout ce qu'elle touche. Le contenant compte donc autant que la production.
- Utilisez uniquement des bidons alimentaires (PEHD), jamais un contenant ayant servi à autre chose.
- Stockez à l'abri de la lumière : sinon algues vertes dans le bidon en quelques semaines.
- Ne stockez pas d'eau osmosée pure plus de 3 à 4 semaines sans brassage.
- Une eau de mer préparée se conserve environ un mois, couverte et légèrement brassée.
- Étiquetez date et salinité sur chaque bidon : la mémoire est un mauvais registre.
7. Cas de l'eau douce : reminéraliser plutôt que diluer
En eau douce sensible (crevettes Caridina, discus, killis), on part d'eau osmosée pure puis on reminéralise avec un sel GH+ ou GH/KH+ selon les besoins de l'espèce.
Cette approche donne une eau reproductible à chaque changement, indépendante des variations saisonnières du réseau.
| Population | GH visé | KH visé | TDS indicatif |
|---|---|---|---|
| Caridina (Crystal Red) | 4–6 | 0–1 | 110–140 ppm |
| Neocaridina | 6–10 | 2–5 | 180–250 ppm |
| Discus / Scalaires sauvages | 2–5 | 1–3 | 80–150 ppm |
| Cichlidés Malawi | 10–18 | 6–10 | 300–450 ppm |
